|
|
|
Témoignages de soldats israéliens sur la guerre de Gaza
Pour la seconde fois depuis
la fin de la guerre à Gaza le 18 janvier, des soldats israéliens donnent une
version non officielle de ce qui s'est passé pendant les vingt-deux jours de
ce conflit meurtrier (1 417 morts dont 926 civils, de sources
palestiniennes), qui s'est déroulé à l'abri du regard des journalistes. En mars, des militaires
avaient déjà évoqué dans une lettre d'information de l'académie militaire Itzhak Rabin,
les méthodes contestables utilisées lors de l'opération "Plomb
durci". Cette fois, ce sont 54 témoignages recueillis par l'organisation
Breaking the silence émanant de réservistes et d'appelés, qui sont consignés
dans un rapport de 110 pages. Ces soldats de Tsahal, dont
l'identité est tenue secrète, évoquent la manière dont a été menée cette
guerre qui, au départ, était destinée à empêcher les tirs de roquettes vers
le sud d'Israël et à mettre à genoux le Mouvement de la résistance islamique,
le Hamas. Pour l'avocat Michael Sfard,
spécialisé dans la défense des droits de l'homme, ces témoignages révèlent "des
règles d'engagement qui ne distinguent pas les combattants des civils parmi
l'ennemi ; l'utilisation de méthodes de combat qui ne prennent pas en compte
le fait qu'ils se déroulent dans des endroits où il y a des femmes, des
enfants et des vieillards ; l'utilisation d'armes inappropriées dans une zone
densément peuplée ; la destruction systématique, son incroyable échelle dont
presque tous les témoins parlent et qui, dans beaucoup de cas, n'était pas
justifiée par des besoins militaires". De ces témoignages, il
ressort que la préoccupation première de l'armée a été d'éviter au maximum
les pertes dans ses rangs, quitte à tuer des innocents. "Pas un
cheveu de mes soldats ne doit tomber et je ne veux pas qu'un de mes soldats
prenne des risques en hésitant. Si vous n'êtes pas sûrs, tirez ! S'il y a un
doute alors il n'y a plus de doute. Telles étaient les consignes de mon
supérieur", raconte un soldat. En raison de la puissance
de feu utilisée par tous les moyens, aussi bien aériens que terrestres, il
n'y a eu pratiquement aucun combat. Les hommes du Hamas se sont terrés ou ont
fui, et seule la population a été prise au piège, n'ayant nulle part où
aller. C'est pour cette raison également que les civils ont payé un prix très
élevé et que les destructions ont été massives. "Raser est un
euphémisme pour ces destructions systématiques intentionnelles qui nous
permettaient d'avoir une meilleure possibilité de tir, une bonne visibilité
et un contrôle total de la zone, à tel point qu'il était devenu impossible de
reconnaître les frontières d'un secteur", assure un témoin. Des
quartiers entiers ont été dynamités, des zones agricoles réduites à des
champs de labour, des vergers et des oliveraies totalement aplaties. Les
dynamiteurs et les D-9, les fameux bulldozers géants de Tsahal, ont travaillé
sans relâche. "Les D-9 étaient partout, préparant les positions des
tanks, ouvrant les routes. Il ne restait plus rien debout dans notre zone.
C'était comme dans les films de la seconde guerre mondiale où plus rien ne
restait", affirme un soldat. Toujours afin d'éviter la
moindre perte après le traumatisme causé par la seconde guerre du Liban de
l'été 2006, l'armée israélienne n'a pas hésité à utiliser des boucliers
humains. Selon plusieurs témoignages, des Palestiniens ont été contraints de
pénétrer dans des immeubles sous la menace des armes, pour vérifier si les
bâtiments étaient piégés ou abritaient des combattants. Dans le jargon
militaire, ils étaient appelés "Johnnies". Pourtant, la
Haute cour de justice a prohibé ces méthodes largement utilisées lors de
l'opération "Bouclier défensif" en Cisjordanie, en 2002. Des
témoignages évoquent la mort de civils, notamment celle d'un vieillard
portant une torche et une chemise blanche qui fut abattu sur la route. Le rapport souligne dans
son préambule que "toutes ces actions considérées comme anormales
hier sont devenues la norme aujourd'hui". Répondant à sa
publication, un communiqué officiel de l'armée dénonce des témoignages "basés
sur des rumeurs et des récits de seconde main", reproche leur
caractère anonyme et déplore le fait que "ces allégations
individuelles ne puissent être vérifiées par une enquête". Michel
Bôle-Richard |