|
Tempêtes
et famine au moment où Gaza entame l’an neuf sous siège israélien
https://charleroi-pourlapalestine.be/index.php/2026/01/03/tempetes-et-famine-au-moment-ou-gaza-entame-lan-neuf-sous-siege-israelien/
Charleroi
pour la Palestine, le 3 janvier 2026
Par
Nora Barrows-Friedman (The
Electronic Intifada)
Plus
de 80 jours après le prétendu accord de cessez-le-feu signé en octobre
2025, Israël continue de tuer et de blesser des Palestiniens dans toute
la bande de Gaza en bombardant, mitraillant et détruisant des zones
au-delà de la vague ligne jaune – une ligne qui ne cesse de se déplacer
vers l’ouest.
De même, Israël empêche toujours l’entrée d’abris et de
fournitures de base malgré les tempêtes brutales et les températures
autour de 0 °C et le fait que les tentes sont inondées et que les
immeubles partiellement détruits s’effondrent sur les gens qui s’y sont
réfugiés.
…
Le bureau gouvernemental des médias de Gaza a déclaré le 28
décembre que, au cours des 80 jours écoulés, Israël avait commis 969
violations de l’accord de cessez-le-feu, au cours desquelles 418
Palestiniens avaient été tués et plus de 1 100 autres blessés.
Parmi ces violations figurent près de 300 incidents de tirs
directs sur des civils, 54 incursions militaires dans des zones
résidentielles, 455 bombardements et attaques ciblées contre les
Palestiniens et plus de 160 bombardements de maisons, d’institutions et
d’autres bâtiments civils.
« La bande de Gaza est confrontée à une mort lente du fait
que l’occupation continue de se soustraire à ses obligations telles
qu’énoncées dans l’accord et les protocoles humanitaires », a déclaré le
bureau des médias.
« Elle n’a même pas livré les quantités d’aide minimales
convenues », a-t-il dit, ajoutant que l’actuel refus d’Israël de laisser
entrer les quantités nécessaires de vivres, de médicaments, d’eau et de
carburant aggravait encore la crise humanitaire catastrophique.
À peine 42 pour 100 de l’aide humanitaire attendue a pu
entrer, alors que 10 pour 100 seulement des camions de carburant
nécessaires sont entrés, ce qui laisse les hôpitaux, les boulangeries et
les installations d’eau et les sites de soins dans l’impossibilité de
fonctionner.
Le bureau des médias a répété ses précédentes mises en garde
à propos de l’aggravation de la crise délibérée pour les Palestiniens au
cours des mois d’hiver du fait qu’Israël empêche l’entrée des caravanes
préfabriquées et des matériaux pour abris, lesquels restent coincés à
quelques kilomètres à peine de l’autre côté des passages frontaliers.
« Nous mettons l’accent sur le fait que la poursuite de ces
violations constitue un contournement dangereux du cessez-le-feu et une
tentative en vue d’imposer une équation humanitaire basée sur la
soumission, l’affamement et l’extorsion », a déclaré le bureau des
médias, ajoutant qu’il tenait Israël « pleinement responsable de
l’actuelle détérioration de la situation humanitaire et des vies perdues
ainsi que de la destruction de biens dans une période au cours de
laquelle un cessez-le-feu complet et durable est censé être en place ».
…
Le blocus en tant qu’outil du génocide
« Le blocus illégal et l’interdiction par Israël de l’entrée
des unités de logement temporaire ont effectivement éliminé toutes les
options pour des milliers de familles, les obligeant à rester dans des
habitations détruites ou sévèrement endommagées qui sont devenues des
bombes à retardement susceptibles de s’effondrer à tout moment », a
déclaré Euro-Med cette semaine.
L’organisation des droits humains a dit que « Israël se
servait du blocus comme outil du génocide et dans le but de créer des
conditions de vie meurtrières en bloquant le reconstruction et les
réparations, en empêchant l’entrée des matériaux et des équipements
nécessaires pour déblayer les décombres et réparer les habitations, les
systèmes d’eau et sanitaires ainsi que les réseaux d’électricité et en
entravant les efforts de réponse humanitaire tout en sabotant la capacité
des institutions d’aide à fournir ne serait-ce qu’une protection minimale
».
Par conséquent, a ajouté Euro-Med, « les civils sont forcés
de choisir entre rester dans des logements en ruine au bord de
l’effondrement ou s’abriter sous des tentes fragiles qui n’offrent pas la
moindre protection contre le froid hivernal ou la pluie ».
Mahmoud Basal, le porte-parole de la défense civile de Gaza,
a dit que … les Palestiniens n’avaient plus connu repos ni sécurité
depuis le début du génocide et que, sans la restauration des services de
base et des infrastructures vitales, bien d’autres personnes allaient
encore mourir dans les jours à venir.
Lundi, dans une autre déclaration, Basal a déclaré qu’au
moins 18 bâtiments s’étaient complètement effondrés, ce qui s’était
traduit par d’importantes pertes humaines et matérielles, et que plus de
110 immeubles résidentiels s’étaient en partie écroulés aussi, ce qui
posait une menace directe pour les vies de milliers de résidents à
l’intérieur ou à proximité de ces mêmes immeubles.
Le porte-parole de la défense civile a insisté pour dire que
« les tentes se sont avérées absolument inefficaces, dans la bande de
Gaza, puisqu’elles n’offraient aucune protection contre le froid ou la
pluie et qu’elles n’étaient plus une solution humanitaire viable, au vu
de ces conditions des plus pénibles ».
…
La défense civile de Gaza dit que 25 Palestiniens, dont 6
enfants, sont morts en raison du froid extrême et du manque d’abris
convenables, auquel il convient d’ajouter les effondrements d’immeubles
depuis le début de la saison hivernale.
Lundi, un bébé de deux mois, Arkan Firas Musleh, a été le
dernier enfant en date à mourir en raison de l’extrême froidure, a rapporté
Al Jazeera.
Le ministère de la Santé de Gaza a également annoncé la mort
d’un adulte palestinien lundi, lorsqu’un bâtiment s’est effondré sur une
tente dans le quartier de Tel al-Hawa, à Gaza.
Les enfants toujours
exposés à une malnutrition sévère
Quatre enfants de Gaza sur cinq vont entamer l’an neuf en
restant confrontés à des niveaux critiques de famine, malgré l’accord des
autorités israéliennes, voici deux mois, de laisser entrer davantage
d’aide, dont des vivres, fait savoir l’ONG internationale Save the
Children (Sauvez les enfants) à la suite de la publication de nouvelles
données concernant la famine et la malnutrition.
La Classification intégrée des phases de sécurité alimentaire
(IPC), la principale autorité internationale sur la sévérité des crises
de famine, a publié un nouveau rapport disant que 1,6 million d’habitants
de Gaza – soit 77 pour 100 de la population, dont quelque 800 000 enfants
– allaient continuer de souffrir d’insécurité alimentaire en 2026,
surtout du fait qu’Israël s’obstine à empêcher l’entrée de produits
laitiers, de viande, d’œufs, de poisson et de produits frais sur les
marchés de Gaza.
Ahmad Alhendawi, un directeur régional de Save the Children,
a déclaré : « À mesure que l’année touche à sa fin et même si certaines
personnes commencent à se sentir plus à l’aise, n’allez surtout pas
penser que les souffrances à Gaza sont terminées. On en est loin. »
Et d’ajouter que la faim et la malnutrition peuvent causer de
multiples lésions physiques aux corps en pleine croissance des enfants.
« Mais les impacts ne sont pas qu’à court terme », a ajouté
Alhendawi. « Nous savons par expérience que pour chaque communauté, une
malnutrition répandue a des conséquences sur toute une vie, chez les gens
– depuis les nouveau-nés avec une insuffisance pondérale et des retards
de croissance lors de la prime enfance à un potentiel d’apprentissage et
de gain réduit plus tard dans la vie -, lesquelles conséquences
perpétuent les cycles de pauvreté. De même qu’elles infligent des lésions
aux individus, ce sont des conséquences qui menacent le tissu même de la
société palestinienne des générations à venir.»
Alhendawi d’ajouter que « Gaza ne peut devenir une décharge
pour le pire de l’humanité ». Ce sont des enfants et des familles
ordinaires qui veulent seulement reprendre leur vie en main après des
années d’horreur. Mais, jour après jour, un futur sûr est de plus en plus
hors d’atteinte. »
Des hôpitaux à court de
carburant
En raison du blocus israélien sur le carburant, le personnel
médical de l’hôpital Al-Awda au camp de réfugiés de Nuseirat, dans le
centre de l’enclave, a fait savoir que l’électricité avait été coupée
pendant deux jours au moins cette semaine, forçant tous les département à
fermer, ce qui a fait courir de graves risques aux patients.
Le journaliste Anwar Abo Sliyhe, en reportage à l’hôpital
plongé dans les ténèbres, s’est enregistré lui-même le 27 décembre pour
faire savoir que la crise avait mis hors service l’unité des soins
intensifs, le département de radiologie, les salles d’opération et la
réception des urgences.
Il a également dit que le directeur de l’hôpital, le Dr
Raafat al-Majdalawi, avait insisté sur le fait que la crise touchait
particulièrement les femmes enceintes, du fait qu’Al-Awda est le seul
site médical dans le centre de l’enclave qui peut fournir des services de
maternité et d’accouchement.
Cela fait un an que le directeur de l’hôpital Kamal Adwan
Hospital, le médecin pédiatre Hussam Abu Safiya, a été enlevé sur les
lieux par les forces israéliennes… Depuis son enlèvement le 27 décembre
2024, le Dr Abu Safiya est détenu dans les centres de torture israéliens
sous la désignation de combattant illégal, une classification draconienne
qui permet une détention indéfinie sans accusation ni procès.
….
La semaine dernière, malgré les 27 mois de génocide toujours
en cours, la classe terminale d’un nouveau cadre de médecins s’est
rassemblée en face de l’un des bâtiments incendiés de l’hôpital al-Shifa,
à Gaza, afin de célébrer la réussite de ses examens de fin d’études… Le
ministère de la Santé à Gaza a fait savoir que ces médecins faisaient
partie de la promotion Bouclier de l’Humanité et il a ajouté : « Malgré
le génocide (…) vous êtes le remède. »
|