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La Palestine
mondialisée…Une solidarité au défi du colonialisme et du sionisme
Le
Centre Palestinien d’Information, le 19 juin 2026
https://french.palinfo.com/rapports/2026/06/19/356264/
Les discussions sur la
solidarité internationale avec la Palestine ne sont plus un sujet
marginal, limité aux déclarations officielles ou à la couverture
médiatique saisonnière. Ces dernières années, et plus particulièrement
depuis l’escalade de l’agression contre Gaza, ont été marquées par une
profonde transformation des mentalités populaires, politiques et
culturelles à travers le monde. La Palestine n’est plus seulement une
cause suscitant la sympathie à distance ; elle est devenue un enjeu
moral et politique majeur, révélant la position des individus, des
institutions et des nations sur le colonialisme, la justice et le droit
des peuples à la liberté.
Ce changement ne
signifie pas que le rapport de force s’est complètement inversé, ni que
la solidarité internationale est désormais unifiée ou capable, à elle
seule, de mettre fin aux crimes. Il signifie plutôt que le récit palestinien,
que les grandes puissances ont cherché à isoler et à déformer pendant des
décennies, trouve désormais des canaux de diffusion et d’influence plus
larges. Et c’est là que réside l’importance de cette étape : une
solidarité plus large et plus affirmée, et un lien plus fort avec
l’action sur le terrain, dans les médias et dans l’arène juridique.
Evolution
de la solidarité mondiale avec la Palestine
Ce qui frappe
aujourd’hui, c’est que la solidarité avec la Palestine ne se limite plus aux
cadres traditionnels associés aux partis de gauche ou aux mouvements
arabes et islamiques, malgré l’importance historique de ces cercles. On
observe une nette expansion horizontale de cette solidarité, qui englobe
les syndicats étudiants, les associations professionnelles, les
mouvements antiracistes, les organisations de défense des droits humains,
les artistes, les universitaires et les communautés immigrées qui voient
en la Palestine le reflet direct de leurs propres expériences de
discrimination, de colonialisme et d’oppression.
Cette expansion n’est
pas apparue par hasard. Les scènes de génocide perpétrées par l’entité
génocidaire à Gaza, le ciblage systématique des civils par l’occupation,
la destruction d’hôpitaux et d’écoles, et la dure réalité du caractère
colonial de cette occupation ont contribué à lever le voile sur les
mensonges qui permettaient auparavant à la rhétorique sioniste de se
dérober à ses responsabilités. Face à une telle évidence, il devient
difficile de présenter le bourreau comme la victime, et la défense de la
Palestine se rapproche d’un minimum de cohérence morale.
Dans le même temps, la
nature même de la solidarité a changé. Elle ne se limite plus aux marches
symboliques ni aux gestes émotionnels passagers. On observe un glissement
progressif de la sympathie à l’action, de la condamnation à la pression,
et de l’engagement numérique à l’organisation de boycotts, aux actions en
justice et à la demande de comptes aux responsables politiques. Cette
évolution qualitative est l’une des caractéristiques les plus marquantes
de notre époque.
Le génocide a fait 73
000 martyrs palestiniens et plus de 173 000 blessés, avec la destruction
d’environ 90 % des bâtiments de la bande de Gaza.
Une
opinion mondiale active
Dans les grandes
capitales occidentales, des foules immenses ont envahi les rues à maintes
reprises, non pas une seule fois, sous le coup de l’émotion, mais pendant
des semaines et des mois. Cette persistance est politiquement
significative car elle remet en question l’idée longtemps répandue selon
laquelle le sentiment occidental serait automatiquement favorable à
l’occupation, ou que le discours palestinien serait incapable de
s’imposer dans l’espace public en Europe et en Amérique du Nord.
Les manifestations
d’envergure à Londres, Washington, Paris, Madrid, Berlin et dans
plusieurs villes américaines, canadiennes et australiennes ont révélé
deux choses :
Premièrement, un fossé
se creuse entre l’opinion publique et les positions des gouvernements qui
soutiennent l’occupation.
Deuxièmement, une large
partie de la population considère désormais la Palestine comme un enjeu
de justice mondiale, et non plus comme une question étrangère sans lien
avec leur vie politique.
Il convient toutefois
de noter que les manifestations publiques n’entraînent pas
automatiquement de changements politiques. De nombreux gouvernements
occidentaux ont continué de soutenir l’occupation malgré une forte
opposition publique. Mais cela n’annule pas l’effet cumulatif. La
pression publique soutenue affaiblit la capacité des élites politiques et
médiatiques à monopoliser le discours et contraint les partis, les
universités, les municipalités et les syndicats à revoir leurs positions.
Les
universités comme arène de conflit politique
Le mouvement étudiant
fut l’une des expressions les plus vivantes et visibles de la solidarité
mondiale. Dans de nombreuses universités, les étudiants ne se sont pas
contentés d’organiser des veillées ou des séminaires, mais sont allés
plus loin en organisant des sit-in et des manifestations directes,
exigeant la rupture des liens académiques et financiers avec les
institutions soutenant l’occupation.
Ce phénomène est
significatif car l’université n’est pas seulement un lieu d’enseignement,
mais aussi un laboratoire pour les élites et un espace de production de
discours et de savoirs. Lorsque la question palestinienne émerge sur les
campus, elle se place au cœur du débat sur le droit international, la
liberté d’expression, le colonialisme et le racisme structurel. C’est
pourquoi la répression a été si sévère dans de nombreux cas, allant des
arrestations aux sanctions administratives et à la diffamation
médiatique.
Mais la répression a
aussi eu l’effet inverse. Elle a mis en lumière le double discours des
institutions qui prétendent défendre les libertés tout en punissant ceux
qui soutiennent la Palestine. Ce paradoxe a révélé la structure politique
et idéologique qui tente de soustraire l’occupation à toute
responsabilité.
Les
plateformes numériques brisent le monopole, mais sans l’abolir
On ne peut comprendre
le mouvement de solidarité international avec la Palestine sans prendre
en compte la sphère numérique. Les réseaux sociaux ont permis une
diffusion sans précédent de témoignages, d’images et de vidéos en
provenance de Gaza, de Cisjordanie et de Jérusalem. Cet afflux a réduit
la capacité des médias traditionnels à imposer un récit unique, comme
c’était le cas par le passé.
Cependant, le tableau
n’est pas entièrement idyllique. L’espace numérique lui-même est devenu
un champ de bataille pour le récit palestinien. On observe des
restrictions sur les contenus palestiniens, des suppressions de comptes,
un accès limité, une distorsion systématique de la terminologie et des
tentatives persistantes de dissocier les crimes de leur contexte colonial.
Par conséquent, l’impact de ces plateformes ne doit pas être perçu comme
une simple victoire technologique, mais plutôt comme une lutte
quotidienne où le récit palestinien progresse et régresse tour à tour.
Cependant, une vérité
fondamentale demeure : les Palestiniens d’aujourd’hui, ainsi que
leurs soutiens à travers le monde, n’ont plus à attendre qu’un médiateur
occidental reconnaisse leur existence. Il s’agit d’un tournant historique
dans la bataille des récits. Cela ne résout pas le conflit, mais ouvre un
champ d’action plus vaste pour le dénouer.
De
l’empathie humaine au cadre de la libération
L’un des changements
les plus significatifs dans le discours sur la solidarité est le passage d’un
langage humanitaire purement abstrait à un discours politique plus
nuancé. Pendant de nombreuses années, le discours international a souvent
réduit le Palestinien à une simple victime ayant besoin d’aide.
Désormais, cependant, des concepts tels que le colonialisme de
peuplement, l’apartheid, le droit à l’autodétermination et la
responsabilité juridique occupent une place de plus en plus importante.
Ce changement n’est pas
un simple détail linguistique. Lorsque l’on comprend ce qui se passe en
Palestine comme une structure coloniale persistante, et non comme de
simples cycles de violence réciproque, la nature de la solidarité se
transforme. La question n’est plus seulement de savoir comment soulager
la souffrance, mais aussi comment s’attaquer au système qui la produit et
la reproduit.
C’est précisément dans ce contexte
que le rôle des campagnes de boycott, de désinvestissement et de
sanctions (BDS) prend toute son importance, de même que celui des
associations professionnelles, des églises, des collectivités locales
et des institutions culturelles, qui subissent une pression croissante
pour agir. Si cette tendance n’évolue pas au même rythme dans tous les
pays, elle est devenue une constante du paysage mondial.
Sud
global et restauration de la boussole
En Amérique latine, en
Afrique et dans certaines régions d’Asie, la solidarité avec la Palestine
s’inscrit dans des contextes historiques plus larges, liés à la
résistance au colonialisme et à la domination. De ce fait, de nombreuses
sociétés ayant subi l’oppression, l’occupation et la discrimination
raciale appréhendent la Palestine à travers leurs propres expériences,
plutôt qu’à travers le récit occidental officiel.
Cela ne signifie pas
pour autant que les positions des gouvernements des pays du Sud soient
toujours en phase avec l’opinion publique ou les discours de libération.
Les intérêts et les pressions internationales y sont fortement présents.
Toutefois, la tendance générale montre que la Palestine occupe toujours
une place centrale dans la conscience politique de nombreux peuples et
qu’elle est capable de retrouver toute son importance dès que la nature
du conflit se précise.
Qu’est-ce
qui limite l’efficacité de la solidarité ?
Malgré son ampleur, la
solidarité internationale ne saurait être perçue comme un bloc homogène
ni comme une force capable d’imposer à elle seule un changement
politique. Des obstacles majeurs subsistent :
Premièrement, cette
solidarité est souvent saisonnière : elle s’intensifie lors des
massacres puis s’amenuise avec la diminution de la couverture médiatique.
Deuxièmement, les
régimes soutenant l’occupation disposent de moyens considérables :
médias, systèmes juridiques, ressources financières et pression
politique.
Le troisième obstacle
réside dans la tentative de criminaliser la solidarité elle-même, en
qualifiant les partisans de la cause palestinienne d’antisémites, de
menaces pour la sécurité publique ou de perturbateurs de l’ordre
universitaire. Cette tactique a été largement utilisée pour intimider des
personnes et des institutions, et a parfois réussi à freiner l’élan de
certains groupes, mais elle n’est pas parvenue à étouffer complètement le
mouvement.
Il existe également un
problème de décalage entre les paroles et les actes. Tous ceux qui
brandissent le drapeau palestinien ne sont pas prêts à participer à des
boycotts, à exercer des pressions institutionnelles ou à assumer les
coûts d’une prise de position. Par conséquent, le véritable défi consiste
à transformer la solidarité, d’une expression ponctuelle, en une structure
durable et concrète.
Avenir de
la solidarité mondiale avec la Palestine
La prochaine phase sera
probablement marquée par une polarisation accrue. Le soutien populaire à
la Palestine s’étendra parmi les jeunes, les universités et les
mouvements sociaux, tandis que les gouvernements et les institutions
alignés sur l’occupation intensifieront leurs tentatives de contrôle et
de répression. Il ne s’agit pas d’une simple contradiction, mais bien de
l’expression d’une crise plus profonde de légitimité politique et morale
au sein même de l’Occident.
Les efforts de
solidarité s’orienteront probablement vers des approches plus
spécialisées. On observera une intensification des actions en justice, du
lobbying auprès des entreprises, des demandes de comptes aux universités
et de la constitution d’archives documentaires qui contreront la
propagande sioniste par des preuves et des témoignages. Les médias et
plateformes indépendants axés sur le récit palestinien, notamment les
institutions fortes d’une longue expérience dans cette lutte comme le
Centre d’information palestinien, demeureront un élément essentiel de cet
effort.
Mais surtout, la
Palestine n’est plus une question circonscrite à des frontières
géographiques étroites ni réduite à de simples reportages. Elle a
retrouvé son statut de lutte de libération qui réexamine les questions
fondamentales de justice, d’hégémonie, de mémoire et de droits. Ce
rétablissement n’est pas une faveur accordée par quiconque, mais le fruit
de la persévérance palestinienne, dont le prix a été payé pendant des
décennies par les populations de Gaza, de Cisjordanie, de Jérusalem, par
les prisonniers et par la diaspora.
La véritable solidarité
ne se mesure pas au volume des protestations, mais à sa capacité à demeurer
inébranlable face aux tentatives de pouvoir pour faire taire les
consciences. C’est pourquoi l’espoir ne réside pas dans une vague
passagère, mais dans une prise de conscience mondiale qui se dessine
lentement et qui reconnaît de plus en plus que la question palestinienne
n’est pas un problème reporté, mais une épreuve actuelle pour tous ceux
qui se réclament de la liberté.
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