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Lettre du Collectif national
(CNPJDPI : Collectif National pour une Paix Juste et Durable entre
Palestiniens et Israéliens) au président de la République
Le mardi 8 septembre 2026
Monsieur
le Président de la République,
Dans
la lettre que nous vous avons adressée l’an dernier à la même époque, en
amont de votre intervention à l’ONU en septembre 2025, nous notions en
conclusion :
« la
reconnaissance de l’État de Palestine peut constituer un moment
historique si elle s’accompagne d’une action résolue pour garantir la
souveraineté réelle du peuple palestinien, la fin de l’occupation et de
l’apartheid, et la pleine application de ses droits inaliénables. La
France […] doit saisir ce moment pour passer des paroles aux actes. »
Si
la reconnaissance de la Palestine par la France a été saluée comme un
geste fort et a eu le mérite d’entraîner plusieurs États dans cette même
démarche, force est de constater qu’elle apparaît aujourd’hui comme
particulièrement vaine en l’absence de toute protection du peuple
palestinien et de toute sanction pour contraindre Israël à se conformer
au droit international.
À
Gaza,
le cessez-le-feu conclu le 10 octobre 2025 est systématiquement violé par
Israël ; les attaques sont quotidiennes, l’insécurité permanente,
les bombardements israéliens continuent à viser les camps de déplacés,
les journalistes, les policiers, les installations civiles. Plus de 1200
Palestiniens, y compris des enfants, ont été tués par Israël depuis le 10
octobre 2025. La population est confinée dans un espace de plus en plus
réduit, pendant qu’Israël détruit systématiquement tout ce qui reste dans
les 70% du territoire qu’il occupe tout en effaçant systématiquement les
traces du génocide et en faisant disparaître les corps enfouis sous les décombres.
Il refuse de s’en retirer malgré les accords. Les grandes ONG
internationales humanitaires ont été chassées par Israël, les
journalistes sont toujours interdits d’entrée. Les entrées d’aide
humanitaire restent très limitées, la population est épuisée, à nouveau
affamée, en manque de médicaments et de tous les biens essentiels.
En
Cisjordanie,
la colonisation s’accélère, y compris dans le secteur E1 désigné comme
« ligne rouge » par la communauté internationale. Les
communautés Palestiniennes sont attaquées, assiégées, expulsées, leurs
terres confisquées, leurs habitations incendiées. La violence des colons,
protégés par l’armée d’occupation, se déchaîne contre l’ensemble de la
population palestinienne. Il ne s’agit pas d’actions isolées de quelques
colons extrémistes. Il s’agit d’une politique délibérée, organisée,
assumée par l’ensemble de la coalition au pouvoir, pour rendre la vie
impossible aux Palestiniens et s’emparer de leurs terres. S’y ajoutent de
nouvelles lois, votées ou en préparation, pour accroître encore l’emprise
israélienne sur l’ensemble de la Cisjordanie. À Jérusalem-Est,
expulsions et démolitions se multiplient, des quartiers entiers sont
menacés d’expulsion.
En
Israël même,
les Palestiniens subissent des menaces permanentes, ils sont visés par
des lois discriminatoires qui en font des citoyens de seconde zone. Ils
ne sont pas épargnés par le système d’apartheid qui vise l’ensemble de la
population palestinienne ; la récente loi sur la peine de mort, qui
vise les seuls Palestiniens, est un exemple flagrant de ce régime
d’apartheid.
Alors
qu’elle est une agence officielle de l’ONU et qu’elle apporte des
services essentiels à des millions de réfugiés palestiniens, l’UNRWA
a été expulsée par Israël de son siège à Jérusalem-Est, celui-ci a été
détruit. Et c’est maintenant son centre de formation de Qalandia, qui a
formé des dizaines de milliers de Palestinien-nes depuis plus de 70 ans
en leur donnant un avenir professionnel, qui est investi et fermé par
l’armée israélienne. Par ses actions contre l’UNRWA, Israël a pour
objectif de faire disparaître cette organisation et d’effacer le droit au
retour des réfugiés palestiniens.
Des
tortures systématiques
sont infligées par Israël aux 9400 prisonniers politiques palestiniens,
dont 370 enfants. Une centaine d’entre eux sont morts depuis le 7 octobre
de ces tortures, ainsi que du manque de soins et de nourriture. Les
visites de la Croix-Rouge ne sont toujours pas rétablies, alors même que
la Cour suprême d’Israël a statué sur leur rétablissement.
Nous
ne sommes pas devant des violations ponctuelles du droit international,
nous sommes devant une politique délibérée, menée par Israël depuis des
décennies, qui vise à effacer le peuple palestinien, à lui rendre la vie
impossible et à s’emparer de son territoire. Cette politique n’a pu
se développer que par l’impunité totale que la plupart des pays
occidentaux, dont la France, accordent à l’État d’Israël. Cette politique
du « deux poids deux mesures », de plus en plus flagrante, mine
la crédibilité de la France et de l’Union européenne aux yeux du monde
entier. Elle met profondément en cause le droit international conçu au
lendemain des horreurs de la seconde guerre mondiale.
L’attaque
unilatérale menée par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran en février
2026 a mené à un chaos mondial. Les dirigeants israéliens affirment vouloir contrôler
l’ensemble de la région par la force et ne font pas mystère de leur
projet d’établir un « grand Israël ». Israël s’est emparé
de nouveaux territoires en Syrie et mène contre le Liban une guerre
dévastatrice qui a fait des milliers de morts et des centaines de
milliers de déplacés. Au mépris des accords de cessez-le-feu, Israël
continue ses opérations militaires au Sud-Liban, dont il détruit
méthodiquement les villages et l’environnement.
Monsieur
le Président de la République,
Dans
ce contexte, la France , membre du Conseil de sécurité, a une
responsabilité particulière. Elle doit s’exprimer haut et fort, notamment
à l’occasion de l’Assemblée Générale des Nations-Unies, et elle doit
passer de la parole aux actes.
S’exprimer
haut et fort,
c’est
rappeler l’engagement de la France pour le droit international et le
respect des résolutions de l’ONU, c’est condamner sans ambiguïté le
génocide qui se poursuit à Gaza, c’est exiger la fin de l’occupation par
Israël du territoire palestinien, conformément à la résolution de
septembre 2024 de l’Assemblée Générale de l’ONU qui a statué sur la mise
en œuvre de l’avis consultatif de la Cour Internationale du Justice de
juillet 2024.
C’est
aussi, un an après la reconnaissance de la Palestine, rappeler que toute
« solution » n’a de sens que dans le cadre de la reconnaissance
pleine et entière du droit à l’autodétermination du peuple palestinien,
de l’ensemble de ses droits nationaux dont le droit au retour des
réfugiés palestiniens, et l’abandon par Israël de la politique
d’apartheid qu’il mène contre l’ensemble du peuple palestinien.
C’est
également soutenir l’UNRWA face aux attaques d’Israël, c’est soutenir
clairement la Cour Pénale Internationale face aux attaques d’Israël et
des États-Unis, soutenir les organisations palestiniennes de défense des
droits humains constamment attaquées par Israël et sous sanctions
états-uniennes, exiger le retour des ONG internationales à Gaza, exiger
que cesse le scandale de l’interdiction faite aux journalistes
internationaux d’entrer à Gaza.
C’est
enfin dénoncer le scandale que constitue la détention et la torture de
plus de 9000 prisonniers politiques palestiniens, exiger la reprise
immédiate et sans condition des visites de la Croix-Rouge, exiger la
libération des médecins emprisonnés dont le Dr Hussam Abu Safiya, exiger
la libération de l’ensemble des dirigeants politiques palestiniens, dont Marwan
Barghouthi et Ahmed Saadat, en amont des élections palestiniennes de
novembre, et œuvrer à la libération de l’ensemble des prisonniers
politiques palestiniens.
Passer
de la parole aux actes,
c’est
d’abord cesser toute complicité avec le génocide toujours en cours à Gaza
et avec la politique israélienne de colonisation. C’est suspendre
immédiatement le commerce des armes avec Israël et le transit par le
territoire français de toute arme à destination d’Israël, ainsi que toute
coopération militaire. C’est cesser toute complicité avec la politique de
colonisation, en interdisant tout commerce avec les colonies (au niveau
national après les manœuvres honteuses de la présidente de la Commission
à l’occasion du Conseil Affaires étrangères du 13 juillet), et en mettant
fin, comme vient de le faire la Belgique, aux services consulaires à
destination des ressortissants français résidant dans les colonies.
C’est
appliquer les mandats d’arrêt de la Cour Pénale internationale en
interdisant le survol du territoire français par le Premier ministre
israélien. C’est traduire en justice les citoyens français participant ou
ayant participé au génocide et aux crimes de guerre.
C’est
accélérer le programme PAUSE pour accueillir les universitaires et
artistes de Gaza après une interruption qui a soulevé une réprobation
générale.
C’est
œuvrer résolument, au niveau européen pour obtenir la suspension de
l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, alors que la
condition essentielle de respect des droits humains formulée par son
article 2 est systématiquement violée par Israël. C’est a minima obtenir
la suspension de son volet commercial, qui ne requiert que la majorité
qualifiée du Conseil européen. C’est aussi exclure Israël du programme de
recherche Horizon Europe. C’est agir pour que l’Union européenne prenne
des sanctions contre l’État d’Israël tant qu’il viole le droit
international.
Nous
reprenons ici pour l’essentiel les recommandations formulées récemment
par une centaine d’anciens ambassadeurs de France et du Royaume-Uni, dans
une tribune parue dans Le Monde le 25 août. Ceux-ci rappellent aussi la
responsabilité historique écrasante de nos pays dans la situation
actuelle et appellent à agir « quels que soient les résultats des
élections ». C’est pour nous un point particulièrement
important : les élections israéliennes ne doivent pas servir de
prétexte à l’inaction, c’est au contraire le moment où il faut agir
énergiquement pour faire comprendre aux forces politiques et à l’opinion
israélienne qu’Israël devra rendre des comptes pour les crimes qu’il
commet. Dans le contexte actuel d’impunité, une écrasante majorité de la
classe politique israélienne se retrouve dans le déni des droits du
peuple palestinien.
Monsieur
le Président de la République,
Nous
tenons à vous alerter aussi sur les attaques incessantes contre la
liberté d’expression en France dès lors qu’il s’agit de la Palestine.
Les
libertés d’expression, de manifestation et d’association doivent être
pleinement respectées. La lutte contre toutes les formes de racisme, dont
l’antisémitisme, est évidemment essentielle, mais il est intolérable
qu’elle puisse être instrumentalisée par le réseau d’influence d’Israël
pour tenter de faire taire les voix qui soutiennent les droits du peuple
palestinien.
Nous
saluons l’abandon de la proposition de loi présentée par la députée
Caroline Yadan tout en notant qu’elle a fait suite à une forte
mobilisation citoyenne et parlementaire. Nous vous mettons en garde
contre les tentatives de réintroduction des « exemples » de la
définition IHRA, qui ont été très clairement exclus du vote de
l’Assemblée nationale le 3 décembre 2019.
Nous
attirons tout particulièrement votre attention sur les abus de
l’utilisation des outils de lutte contre le terrorisme, et notamment
l’incrimination d’apologie du terrorisme, pour faire taire toute
expression critique ou contextualisée sur les événements du 7 octobre
2023 et plus généralement pour condamner les voix qui soutiennent le
peuple palestinien. Il s’agit d’une exception française, qui a conduit à
des centaines de procédures et de condamnations, et qui a été très
fortement dénoncée par les rapporteurs de l’ONU, sur les principes comme
dans les faits, en janvier 2026.
À
cette « exception judiciaire », s’ajoute l’abus des mesures
administratives : gels des avoirs sans justification qui visent
des militants soutenant les droits du peuple palestinien, menaces de
dissolution d’organisations solidaires du peuple palestinien.
Des
réfugiés palestiniens en France sont inquiétés ou emprisonnés sur la base
de notes des services de renseignement israéliens : c’est un cas
unique où l’on voit les autorités françaises opposer à des réfugiés les
informations de la puissance qui les persécute.
L’ensemble
de ces pratiques, souvent promues de manière agressive par des
organisations qui soutiennent inconditionnellement l’État d’Israël, sont
une honte pour notre pays, mettent à mal notre démocratie et risquent de
fracturer durablement la société française. Nous vous demandons d’y
mettre enfin un terme et de le faire savoir.
Nous
vous demandons de bien vouloir recevoir une délégation de notre Collectif
national sur la base de cette lettre.
Nous
vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République,
l’expression de notre très haute considération.
Organisations membres du Collectif national pour une
paix juste et durable entre Palesti-niens et Israéliens, signataires de
cette lettre :
Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui (ACCA) – AFD
International – Agir pour le changement et la démocratie en Algérie
(ACDA) - Alternative Communiste - Américains contre la guerre (AAW) –
Anciens Appelés en Algérie et leurs Ami(e)s Contre la Guerre (4ACG) -
Apel-Égalité –Association de Solidarité Inter Peuples -Association des
Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) - Association France Palestine
Solidarité (AFPS) - Association pour la Taxation des Transactions
financières et pour l’Action Citoyenne (ATTAC) - Association pour les
Jumelages entre les camps de réfugiés Palestiniens et les villes
Françaises (AJPF) - Association des Universitaires pour le Respect du
Droit International en Palestine (AURDIP) - Cedetim / IPAM - Collectif
Faty Koumba : Association des Libertés, Droits de l’Homme et
non-violence - Collectif Judéo-Arabe et Citoyen pour la Palestine (CJACP)
- Collectif Paix Palestine Israël (CPPI Saint-Denis) - Comité de
Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient (CVPR PO) - Comité
Justice et Paix en Palestine et au Proche-Orient du 5e arrt (CJPP5) -
Confédération générale du Travail (CGT) –Confédération Internationale
Solidaire et Écologiste (CISE) - Droit-Solidarité – Fédération des
Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) – Fédération
Syndicale Unitaire (FSU) - Femmes Égalité - Forum Palestine Citoyenneté –
L’Alliance Pour la République Écologique et Sociale (L’Après) - La
Courneuve-Palestine – La France Insoumise (LFI) - Les Femmes en noir
(FEN) – Les Écologistes EELV – Mouvement pour une alternative
non-violente (MAN) - Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre
les Peuples (MRAP) - Mouvement de la Paix - Nouveau Parti Anticapitaliste
(NPA-A) - Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF) - Participation
et Spiritualité Musulmanes (PSM) – Pour une écologie populaire et sociale
(PEPS) – Réseau Coopératif de la Gauche Alternative (RCGA) - Union
communiste libertaire (UCL) - Union étudiante - Union Juive Française
pour la Paix (UJFP) - Union Nationale des Étudiants de France (UNEF) –
Union pour la Reconstruction Communiste (URC) - Union syndicale
Solidaires
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