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L’attaque sur Qusra n’est qu’un
avant-goût de ce qui attend toute la Cisjordanie
Par Ramzy Baroud le 30 aout
2026
Si
vous voulez comprendre l’avenir sombre qui attend la Cisjordanie occupée,
ne détournez pas le regard. Observez simplement les événements
qui se déroulent dans la petite ville palestinienne de Qusra, au sud de
Naplouse.
C’est
ici que commence l’histoire de l’avenir de la Cisjordanie.
Alors
qu’une grande partie des médias traite les informations en provenance de
la région comme un simple épisode de plus de « violence des colons », il
n’en est rien. Qusra représente quelque chose de bien plus grave : un
aperçu du nouveau « Plan Dalet » qu’Israël réserve aux Palestiniens.
Le
Plan Dalet était le plan
d’action militaire grâce auquel les forces sionistes ont conquis une
grande partie de la Palestine historique, village par village, pendant la
Nakba.
Ce
plan n’est pas apparu soudainement en 1948. Il s’est construit à partir
de projets militaires remontant à 1945, pour aboutir à une stratégie
visant à conquérir les villes et villages palestiniens, à détruire les
communautés et à en expulser les habitants.
La
portée de cette histoire aujourd’hui n’est pas seulement symbolique. La
Nakba était un processus, mis en œuvre par étapes. Il en va de même pour
l’annexion de la Cisjordanie.
Il
ne s’agit pas non plus d’un simple argument intellectuel. Des responsables
israéliens ont ouvertement évoqué
une nouvelle Nakba comme un résultat escompté.
En
novembre 2023, Avi Dichter a déclaré
: « Nous sommes en train de mettre en œuvre la Nakba de Gaza », ajoutant
: « La Nakba de Gaza 2023. C’est ainsi que cela se terminera. »
Comme
on pouvait s’y attendre, cette nouvelle Nakba présente bon nombre des
caractéristiques de l’ancienne : violence coordonnée, massacres,
nettoyage ethnique, déplacements forcés et confiscation des terres.
Le
génocide à Gaza représente l’apogée de cette violence — une manifestation
plus dévastatrice, mais qui s’inscrit dans la continuité du péché
originel sur lequel l’État israélien a été fondé.
Alors
que tous les regards étaient tournés vers Gaza à partir du 7 octobre
2023, la Cisjordanie a été largement ignorée, ce qui a permis à Israël
d’intensifier la violence sous toutes ses formes à des niveaux jamais vus
depuis des décennies.
Le
bilan est effroyable. Depuis le 7 octobre 2023, les forces israéliennes
et les colons ont
assassiné plus de 1100 Palestiniens en Cisjordanie, dont plus de 240
enfants, et en ont blessé des milliers d’autres.
Des
dizaines de milliers de personnes ont été emprisonnées,
tandis que plus de 33 000 Palestiniens sont toujours déplacés,
rien que dans les camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem et Nur Shams.
Revenons
maintenant à Qusra.
À
partir du 9 août, des colons israéliens armés ont encerclé trois
habitations palestiniennes dans la zone de Ras al-Ain, à la périphérie de
la ville.
Ils
ont bloqué l’accès aux maisons, installé des tentes à l’extérieur et
coupé l’approvisionnement en eau et en électricité. Les familles, dont
des jeunes enfants, se sont retrouvées piégées à l’intérieur.
L’armée
israélienne a ensuite déclaré la zone environnante « zone militaire
fermée », restreignant l’accès aux Palestiniens, aux militants et aux
journalistes.
Ce
qui est apparu n’était pas simplement de la violence de la part des
colons, mais une division du travail : les colons créent la crise ;
l’armée impose les restrictions ; la liberté de mouvement des
Palestiniens est restreinte ; et les victimes elles-mêmes sont poussées à
partir.
Et
le siège s’est poursuivi. Au moment où j’écris ces lignes, le siège des
maisons de Qusra en est à sa deuxième semaine.
Qusra
n’est pas un élément accessoire de cette stratégie. Israël a déjà confisqué
ses terres pour la colonie de Migdalim, tandis que des avant-postes
voisins, notamment Esh Kodesh, sont depuis longtemps associés à des
attaques et à des tentatives de s’emparer de terres agricoles
palestiniennes.
Le
contrôle de ces zones est essentiel au projet plus vaste visant à relier
les blocs de colonies, à morceler le territoire palestinien et à
transformer les communautés palestiniennes en enclaves isolées.
Il
y a quelques années, le gouvernement israélien se comportait comme si son
projet d’annexer officiellement de vastes portions de la Cisjordanie
avait été mis en attente. Mais depuis le 7 octobre, l’annexion est passée
du statut d’aspiration à celui d’obsession — tant dans les discours que
dans les actes.
Le
ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a supervisé
la distribution massive d’armes après le 7 octobre, équipant de fusils
des milliers de membres civils des escadrons de sécurité, alors que la
population des colons était déjà lourdement armée.
Dans
le même temps, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, s’est
systématiquement employé
à transférer les pouvoirs sur la Cisjordanie de l’administration
militaire aux autorités civiles israéliennes — l’un des mécanismes
institutionnels les plus évidents de l’annexion.
Et
voilà qu’une autre pièce du puzzle se met en place : le ministre de la
Défense, Israël Katz, a ordonné
que des préparatifs soient entrepris pour transférer la responsabilité du
maintien de l’ordre concernant les colons israéliens en Cisjordanie de
l’armée à la police israélienne, une autre étape juridique cruciale vers
l’annexion.
Le
tableau se précise : milices de colons, financement public, armes, armée,
police, administrations civiles, tribunaux et décisions politiques
émanant des plus hautes sphères de l’État israélien.
Vu
dans ce contexte plus large, Qusra devient un microcosme — et potentiellement
un terrain d’essai — pour les mécanismes permettant de mettre en œuvre
une annexion à plus grande échelle.
Ces
réalités font écho au passé. La Nakba ne s’est pas simplement «produite
», mais a fait suite à des années de planification et à des manœuvres
militaires progressives. C’est pourquoi Qusra revêt une importance
particulière.
Certains
gouvernements mettent en garde contre une accélération de l’annexion ;
d’autres sanctionnent des colons à titre individuel, comme si le fait de
cibler quelques extrémistes pouvait renverser un plan mis en œuvre par
tout un appareil d’État.
Les
Palestiniens de Cisjordanie sont pleinement conscients du défi qui les
attend. Exhorter l’Autorité palestinienne, qui maintient une collaboration
en matière de répression avec Israël, à élaborer soudainement une «
stratégie » est douloureusement vide de sens.
Mais
pour nous autres qui comprenons les horreurs de la Nakba — et les
répercussions de cette catastrophe, de Deir Yassin au génocide à Gaza —,
la reconnaissance ne suffit plus. Le prix du silence est déjà payé par
chaque habitant de Gaza vivant parmi les ruines de la Bande de Gaza et
par chaque Palestinien de Cisjordanie confronté à la violence des colons
et de leurs partenaires militaires.
Cela
doit cesser maintenant, avant que Qusra ne devienne le modèle de ce qui
va suivre : aujourd’hui, Qusra ; demain, toute la Cisjordanie.
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