Après 735 + 357 (= 1.092) jours de guerre
d’extermination du peuple palestinien par Israël et ses soutiens, on
dénombre à Gaza
plus de 249.208martyrs et blessés.
A Gaza, les Forces d’Occupation
Israéliennes ont assassiné au moins 74.040 citoyens palestiniens. On compte
plus de 175.168 blessés, 9.500 personnes disparues et 2.000.000 citoyens
déplacés.
Israël a assassiné 1.439 et blessé 5.052 citoyens depuis
l’entrée en vigueur du « cessez-le-feu » du 11/10/25, 834
corps ont été retrouvés.
En Cisjordanie dont Jérusalem, on dénombre 1.221
martyrs dont 252
enfants, plus de 13.000 blessés, 24.000 personnes arrêtées et 40.000 citoyens déplacés.
Grâce
aux évacuations des ambassades, aux bourses universitaires et aux couloirs
médicaux de l’OMS, les Palestiniens quittent Gaza en petit nombre, mais de
manière constante. Les responsables israéliens parlent de « migration
volontaire », mais les Gazaouis contraints de partir savent bien que
cela s’inscrit dans le plan d’Israël.
Le 25 novembre 2025,
Wissam Yassin, 50 ans, a quitté la bande de Gaza avec ses deux filles par
le poste-frontière de Kerem Shalom, dans le cadre d’une évacuation
organisée par l’ambassade de France. Cette évacuation faisait suite à
plusieurs tentatives de la part de Mme Yassin, qui travaille pour la
chaîne de télévision Alhurra financée par les États-Unis, et de son
ex-mari, employé par Radio France, pour trouver un moyen de faire sortir
leurs deux filles.
Mme Yassin et sa
famille ont reçu pour instruction de se rendre dans un centre de l’UNICEF, après
quoi l’ambassade de France a pris en charge leur départ. Elles ont quitté
la bande de Gaza par le point de passage de Rafah, ont transité par Kerem
Shalom, ont rejoint la Jordanie, puis ont pris un vol direct pour la
France.
« J’avais
l’impression d’avoir été déracinée de chez moi et emmenée ailleurs »,
a déclaré Yassin, qui s’est occupée seule de ses enfants tout au long d’au
moins cinq déplacements. « J’aurais aimé pouvoir rester à Gaza, mais
en même temps, je voulais un avenir et une vie digne pour mes
enfants. »
La famille de Yassin fait
partie des milliers de familles contraintes de quitter Gaza depuis octobre
2023 – via les évacuations organisées par les ambassades, les bourses
universitaires et les couloirs médicaux de l’Organisation mondiale de la
santé (OMS). Ce sont les seuls moyens par lesquels il est actuellement
possible de partir, et leur mise en œuvre est lente et sélective. Les
personnes qui partent le font en sachant parfaitement qu’elles ne pourront
peut-être pas revenir, mais elles savent également que les responsables
israéliens ont déclaré ouvertement, au plus haut niveau du gouvernement,
que vider Gaza de sa population palestinienne constituait une politique
explicite et un objectif ultime.
Le plan de déplacement
Les déclarations israéliennes
appelant au déplacement de la population de Gaza n’ont pas été dissimulées.
Depuis le début de la guerre, les responsables israéliens les ont répétées
à maintes reprises et publiquement.
La première étape majeure
vers ce déplacement a eu lieu en octobre 2023, lorsque plus de 1,1 million
de Palestiniens ont été repoussés du nord de Gaza vers le sud, une manœuvre
largement décrite comme un prélude possible à l’expulsion forcée de la
population par le poste-frontière de Rafah. L’opposition égyptienne aux
pressions israéliennes et américaines visant à accueillir la population
déplacée a empêché cette expulsion et a maintenu la population à
l’intérieur de Gaza.
Le 2 septembre 2026, le
ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a déclaré qu’il n’y avait
« aucune véritable solution pour Gaza » sans une telle migration
forcée, et qu’« Israël faciliterait la migration des Palestiniens de
Gaza vers d’autres lieux par voie maritime, aérienne et par tous les moyens
possibles ».
Le lendemain, le ministre
de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a dévoilé un plan d’action
national pour ce qu’il a qualifié de « migration volontaire » des
Palestiniens de Gaza, visant 1,8 million d’habitants sur sept ans, avec
environ 250 000 personnes devant être évacuées dès la première année.
Le 16 septembre, Katz a
déclaré que ce n’était qu’une question de temps avant qu’Israël ne reprenne
la guerre contre Gaza et a encouragé sa population à évacuer la bande de
Gaza.
En mars 2025, les médias
israéliens ont rapporté la création, au sein du ministère de la Défense,
d’une Administration de l’émigration volontaire, chargée de déterminer, en
collaboration avec ses alliés, les destinations vers lesquelles envoyer la
population de Gaza.
C’est dans ce contexte
que les Palestiniens qui se demandent s’ils doivent partir doivent prendre
leur décision.
« Ils anéantissent
l’idée même de la résistance »
L’écrivain et
universitaire palestinien Yousri Al-Ghoul, 46 ans, a passé toute la durée
de la guerre dans le nord de Gaza – une région qui a été délibérément
coupée du reste de la bande de Gaza, soumise à un siège prolongé et à la
famine, et qui a subi certains des bombardements les plus implacables de
tout ce génocide, avec des quartiers entiers rasés et sa population réduite
à une fraction de ce qu’elle était avant octobre 2023. Malgré tout cela, ce
père de six enfants est resté actif sur les réseaux sociaux, appelant la
population à faire preuve de fermeté et à rester dans la bande de Gaza.
Le 15 décembre 2025, lui
et sa famille ont été évacués vers la Suisse grâce à une bourse
universitaire accordée par une université de Lausanne. Pendant son séjour
dans le nord de Gaza, Al-Ghoul avait vécu dans la crainte d’être assassiné,
les forces israéliennes ayant constamment pris pour cible les écrivains,
les intellectuels et les personnalités de Gaza tout au long de la guerre.
Une fois toutes les
possibilités de survie à Gaza épuisées, Al-Ghoul a contacté des amis dans
des pays européens et leur a demandé de l’aider à évacuer sa famille de six
personnes afin d’assurer leur sécurité.
Selon Al-Ghoul, il existe
actuellement trois voies principales permettant de quitter Gaza : le
regroupement familial pour les Palestiniens ayant la nationalité ou le
statut de résident européen, qui peuvent demander à faire venir des membres
de leur famille bloqués dans la bande de Gaza ; les évacuations
médicales organisées par l’OMS pour les patients et leurs familles ;
et les bourses universitaires pour les étudiants ou les universitaires.
Au-delà de ces options,
affirme Al-Ghoul, il n’existe aucun autre moyen de quitter Gaza.
Al-Ghoul s’exprime sans
détours sur ce que signifie son propre départ, en tant qu’influenceur
bénéficiant d’une importante audience, dans le contexte des objectifs plus
larges d’Israël. « Israël souhaitait également se débarrasser de
personnes qu’il considérait comme recherchées ; son objectif ne se
limitait pas à tuer des gens, mais s’inscrivait dans un objectif
stratégique plus profond visant à vider Gaza de sa population
palestinienne. »
Il présente son propre
cas avec une clarté particulière. « Lorsque Yousri Al-Ghoul quitte
Gaza — l’homme qui avait appelé à la fermeté depuis le début de la guerre
et exhorté les habitants du nord de Gaza à rester dans le nord et à ne pas
partir —, l’objectif atteint par l’occupation grâce à son départ est
plus important que de le tuer », a-t-il expliqué. « En me forçant
à partir, ils tuent l’idée même de la fermeté. »
En annonçant la création
de l’Administration de l’émigration volontaire, Katz aurait déclaré que
cette direction fonctionnerait en coordination avec les organisations
internationales et d’autres instances dirigeantes, conformément aux
instructions du gouvernement, et qu’elle coordonnerait les activités des
ministères concernés.
Al-Ghoul ne part pas du
principe que les organisations et institutions européennes qui évacuent les
Palestiniens agissent nécessairement pour aider Israël à mettre en œuvre
ses plans de déplacement. « Elles sont motivées par des préoccupations
humanitaires et estiment qu’elles aident les Palestiniens en les faisant
sortir de Gaza plutôt que de les laisser affronter seuls la mort et les
massacres », a-t-il fait remarquer.
Cela ne change toutefois
rien au fait que les événements se déroulent conformément au plan
d’Israël : créer les conditions rendant la survie impossible, afin que
les gens cherchent « volontairement » à échapper à l’intolérable.
« Migration
douce »
Ahmad Mahmoud — un
pseudonyme utilisé pour protéger son identité — a quitté Gaza en mai 2026
par l’intermédiaire de l’Organisation mondiale de la santé. L’un de ses
enfants avait besoin d’un traitement à l’étranger. Il a déposé une demande
auprès de l’OMS et, après des mois de démarches, on lui a dit que toute la
famille pourrait être évacuée vers un pays européen.
L’OMS lui a demandé de se
rendre dans un camp géré par l’organisation à Mawasi, à Khan Younis, où la
famille a passé la nuit. Le lendemain matin, ils ont pris un bus en
direction du poste-frontière de Kerem Shalom, puis vers la Jordanie, et de
là vers l’Espagne.
Mahmoud affirme que si
une organisation était capable d’aider Israël à vider la bande de Gaza, ce
serait l’OMS, car elle dispose des données et des registres les plus
complets sur la population et les familles de Gaza.
Tout en soulignant qu’il n’accuse
pas l’OMS de complicité, il décrit ce qui s’est passé après le départ de sa
famille comme la preuve d’une opération allant au-delà d’une simple
évacuation médicale.
« Dès que nous
sommes arrivés en Jordanie, le rôle de l’OMS a complètement pris fin »,
a déclaré Mahmoud. « Nous avons été pris en charge par des délégations
du ministère espagnol des Affaires étrangères, qui ont commencé à nous
parler d’asile et à nous proposer un hébergement ainsi qu’un lieu sûr en
Espagne. »
Il a décrit cette dynamique
comme une forme de « migration douce », dans laquelle les
familles qui partent par des voies humanitaires avec l’intention de revenir
dès que cela sera possible sont immédiatement orientées vers des demandes
d’asile et une installation permanente à l’étranger.
« Ici, personne ne
me connaît »
Pour Wissam Yassin, la
distance physique qui la sépare de Gaza n’a pas résolu le conflit
international que son départ a engendré.
« Même si partir
était une chance de survivre », a-t-elle déclaré, « je ne voulais
pas quitter Gaza. Je n’ai jamais voulu quitter la Bande de Gaza de cette
manière. J’ai toujours aimé voyager puis revenir, mais je n’aurais jamais
imaginé partir d’une manière qui m’empêcherait de revenir. »
« Ce fut un choc de
me retrouver dans une tente, seule, sans famille, sans personne pour me
soutenir ou m’aider à surmonter les difficultés de la vie en exil, puis, du
jour au lendemain, de me retrouver à Paris. Ce fut un choc à tous les
égards. »
Même si ses amis et
collègues de Gaza l’enviaient d’avoir pu quitter la bande de Gaza, elle dit
s’être sentie comme « une plante qui aurait été déracinée et
jetée ». Bien qu’elle se trouve désormais en lieu sûr, avec la
possibilité, perdue depuis longtemps, de faire des projets et de profiter
d’une vie normale, elle se sent toujours comme une étrangère.
« Ici, personne ne
me connaît », a déclaré Yassin. « Personne ne sait qui je suis ni
ce que je suis. J’ai laissé toute mon histoire à Gaza, auprès de ma famille
et de mes proches qui savent qui je suis, ce que j’ai fait dans ma vie.
Ici, en France, je suis une parfaite inconnue. »
Yassin confie qu’il lui
arrive parfois de penser que les pays européens qui s’efforcent d’évacuer
les Palestiniens de Gaza contribuent peut-être à aider Israël à mettre en
œuvre ses plans de déplacement. « Mais en même temps, les habitants de
Gaza méritent une véritable chance de vivre », a-t-elle déclaré.
« Je suis reconnaissante envers la France de m’avoir accueillie et de
m’avoir offert suffisamment de sécurité et de stabilité : un foyer, un
environnement sûr et une école pour mes enfants. »
Pour la justice, la
paix et la liberté pour le peuple palestinien